Maladies cryptogamiques sous serre : prévenir, détecter et protéger les cultures maraîchères
Dans les serres maraîchères du Souss-Massa, la chaleur, l'humidité et la densité des cultures créent des conditions idéales pour les champignons pathogènes. Une attaque de botrytis ou de mildiou mal anticipée peut faire chuter les rendements, déclasser une récolte destinée à l'export et multiplier les traitements. C'est pourquoi la 2ème édition de Fruit Council a choisi pour thème officiel « Maladies cryptogamiques des cultures maraîchères sous serres : défis majeurs et perspectives d'avenir ».
Ce dossier fait le point sur les principales maladies, les conditions qui favorisent leur développement et les leviers dont disposent les producteurs pour les maîtriser durablement.
Qu'est-ce qu'une maladie cryptogamique ?
Le terme « cryptogamique » désigne les maladies causées par des champignons et des organismes apparentés, comme les oomycètes responsables du mildiou. Ces pathogènes se propagent par des spores transportées par l'air, l'eau, les outils ou le matériel végétal, puis germent dès que l'humidité et la température leur conviennent.
Sous serre, trois facteurs accélèrent leur cycle :
- l'humidité relative élevée, surtout la nuit, et la condensation sur les feuilles et les fruits ;
- la densité de plantation, qui limite la circulation de l'air dans le feuillage ;
- les cycles de culture longs, qui laissent aux pathogènes le temps de s'installer et de se multiplier.
Les principales maladies fongiques des cultures sous serre
Tomate, poivron, concombre et courgette, piliers de la production sous abri de la région, sont exposés à un ensemble de maladies bien connues des techniciens.
La pourriture grise (Botrytis cinerea)
C'est l'une des maladies les plus redoutées sous serre. Elle provoque des taches et un feutrage gris sur les tiges, les feuilles, les fleurs et les fruits, souvent à partir des plaies de taille ou d'effeuillage. Elle profite des nuits fraîches et humides et des périodes de condensation.
Le mildiou
Sur tomate, le mildiou se manifeste par des taches brunes huileuses sur les feuilles et des fruits marbrés. Il peut détruire une culture en quelques jours lorsque l'humidité reste élevée. Sur concombre, un mildiou spécifique attaque le feuillage.
L'oïdium
Reconnaissable à son feutrage blanc poudreux, l'oïdium touche la tomate, le poivron et les cucurbitacées. Contrairement au mildiou, il se développe aussi par temps relativement sec, ce qui le rend fréquent en conditions chaudes.
La cladosporiose de la tomate
Elle forme des taches jaunes sur la face supérieure des feuilles et un feutrage olive à brun en dessous. Favorisée par une humidité élevée et une mauvaise aération, elle réduit la surface foliaire et donc la production.
Les fusarioses et maladies racinaires
Transmises par le sol, le substrat ou l'eau, les fusarioses provoquent un flétrissement et un brunissement des vaisseaux. Elles sont difficiles à éliminer une fois installées, d'où l'importance des variétés résistantes, du greffage et de l'hygiène des substrats.
| Maladie | Cultures touchées | Conditions favorables | Signe d'alerte |
|---|---|---|---|
| Pourriture grise | Tomate, poivron, concombre | Humidité élevée, condensation, plaies | Feutrage gris sur tiges et fruits |
| Mildiou | Tomate, concombre | Feuillage mouillé, nuits fraîches | Taches brunes huileuses |
| Oïdium | Tomate, poivron, cucurbitacées | Chaleur, air plutôt sec | Poudre blanche sur les feuilles |
| Cladosporiose | Tomate | Humidité élevée, faible aération | Taches jaunes, feutrage olive au revers |
| Fusariose | Tomate, cucurbitacées | Sol ou substrat contaminé | Flétrissement, vaisseaux bruns |
Prévenir : la gestion du climat et la prophylaxie
La meilleure protection reste celle qui empêche la maladie de s'installer. Sous serre, cela passe d'abord par la maîtrise du climat et l'hygiène.
- Aérer et déshumidifier : ouverture des ouvrants, ventilation et, si possible, chauffage d'appoint pour éviter que la température des feuilles descende sous le point de rosée en fin de nuit ;
- Irriguer au goutte-à-goutte et éviter de mouiller le feuillage ;
- Adapter la densité et l'effeuillage pour favoriser la circulation de l'air, en réalisant les tailles par temps sec ;
- Éliminer les débris végétaux et les plantes malades, désinfecter outils, structures et substrats entre deux cycles ;
- Choisir des plants sains issus de pépinières contrôlées.
Ces pratiques rejoignent les enjeux de gestion de l'eau traités dans notre article sur le stress hydrique et l'irrigation de précision.
Surveiller et diagnostiquer tôt
Plus une maladie est détectée tôt, plus elle est facile à contenir avec des moyens légers. La surveillance repose sur des tournées d'observation régulières, la formation des équipes à la reconnaissance des symptômes et le recours au laboratoire en cas de doute.
Les outils numériques renforcent ce dispositif : capteurs de température et d'humidité, modèles de prévision du risque qui signalent les périodes favorables aux infections, imagerie et applications de diagnostic. Ils permettent de traiter au bon moment plutôt que de façon systématique.
Protéger : la lutte intégrée et le biocontrôle
La protection intégrée combine plusieurs leviers pour réduire la pression des maladies tout en limitant les résidus :
- Les variétés résistantes ou tolérantes, et le greffage sur porte-greffes vigoureux contre les maladies du sol ;
- Le biocontrôle : micro-organismes antagonistes, extraits naturels et stimulateurs des défenses des plantes, en préventif ;
- Les fongicides homologués, utilisés de façon raisonnée, en alternant les modes d'action pour limiter l'apparition de résistances et en respectant les délais avant récolte ;
- Le suivi des résidus, indispensable pour répondre aux limites maximales exigées par les marchés d'export.
Au Maroc, seuls les produits phytosanitaires homologués par l'ONSSA peuvent être utilisés. Pour aller plus loin, lisez notre dossier sur le biocontrôle et la production à faibles résidus.
Un enjeu économique pour toute la filière
Au-delà des pertes au champ, les maladies cryptogamiques pèsent sur la qualité commerciale, la conservation après récolte et la conformité aux exigences des acheteurs. Pour une région tournée vers l'export comme le Souss-Massa, leur maîtrise est un facteur de compétitivité. Elle concerne aussi bien les filières tomate et fruits rouges que les stations de conditionnement et les exportateurs.
Le thème officiel de Fruit Council 2026
Du 1er au 3 décembre 2026 au Sofitel Agadir Royal Bay Resort, le programme de Fruit Council 2026 consacre une journée à chaque grande étape :
- Jour 1 — Prévention, surveillance & diagnostic ;
- Jour 2 — Protection intégrée & innovation : biocontrôle, variétés résistantes, nouvelles solutions ;
- Jour 3 — Performance durable & transfert de connaissances : réduction des pertes, résidus et exigences de l'export.
Chercheurs, producteurs, fournisseurs de solutions et institutions y partageront retours d'expérience et innovations, avec des rendez-vous B2B pour rencontrer les acteurs de la protection des cultures. Le badge visiteur professionnel est gratuit : demandez le vôtre en ligne.
Questions fréquentes
Quelle est la maladie fongique la plus fréquente sous serre ?
La pourriture grise (botrytis) figure parmi les plus répandues, avec le mildiou et l'oïdium. Leur importance varie selon la culture, la saison et la gestion du climat.
Comment réduire l'humidité dans une serre ?
En aérant régulièrement, en évitant d'arroser le feuillage, en adaptant la densité de plantation et, si possible, en chauffant légèrement en fin de nuit pour éviter la condensation.
Le biocontrôle suffit-il contre les maladies cryptogamiques ?
Il est surtout efficace en préventif et s'intègre dans une stratégie globale qui associe prophylaxie, climat, variétés résistantes et, si nécessaire, fongicides homologués.
Pourquoi alterner les fongicides ?
Utiliser toujours le même mode d'action sélectionne des souches résistantes. L'alternance préserve l'efficacité des solutions disponibles.
Vous proposez des solutions de protection des cultures, de biocontrôle ou de gestion climatique ? Exposez au Fruit Council 2026 et présentez-les aux producteurs du Souss-Massa.
Participez au Fruit Council 2026
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